Parsemé de sensations, d’odeurs,de scènes d’outre­tombe, son récit en clair­obscur cent fois, mille fois, exposé de l’horreur vécue, une nouvelle fois réitéré, lundi, devant un public de première à Raoul Follereau, donne à cet épisode suicidaire de l’humanité, un relief extrêmement personnel. Arrachée à sa jeunesse, emportée par une tornade, écrasée comme des millions d’autres destinées dans un magma idéologique déshumanisé, sa vie a balancé pendant des mois entre une aspiration à survivre coûte que coûte et la tentation à la résignation. L’espérance d’en réchapper l’a emporté. On ne sort pas indemne d’un tel cataclysme. Son numéro matricule gravé sur son avant­bras est là pour lui rappeler chaque jour.

La narration de Génia Obœuf multiplie les détours naturalistes. Campe des personnages de sang surréalistes. Odeurs de chair carbonisée stagnant au-dessus du camp. Des yeux bleus «d’une beauté fulgurante »en uniforme SS qui se plaisait, chaque matin, à trouver un prétexte à ses penchants sadiques. Des gardiens d’une supposée race supérieure sur les­quels le regard ne pouvait se poser. Un numéro matricule qu’il fallait récité par cœur et sans accent dans le meilleur allemand… Autant de détails que l’ on n’invente pas d’une vie de déportée réduite à l’état de sous­homme que Génia Obœuf n’a pas oubliés.

Si, c’est un homme

Pour leur Travail personnel encadré (TPE)sur la déportation et son traitement dans la littérature et le cinéma, Charlène Chicon et Alice Gauthé tiennent là un canevas d’une saisissante portée tragique. Rare. Le témoignage a décontenancé l’auditoire de leur classe, l’a parfois glacé. Dans son récit Si c’est un homme, le grand écrivain italien Primo Lévi racontait cette abomination du camp d’Auschwitz.

Avait­il peut­être rencontré Génia ? D’un témoignage à l’autre, du récit spontané à l’œuvre transcendant la mémoire et à la fiction reconstituant le réel, la même tentative de raconter l’indicible porte leur narrateur. Du réel et des ressorts de son traitement, voilà toute la réflexion que Charlène et Alice se proposent d’envisager ,avec leur prof de littérature, Emmy Dutour.

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